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Il y a des villes dans lesquelles le passé pèse plus lourd que d'autres. Plus présent, moins glorieux. Nuremberg fait clairement partie de cette catégorie. Il y a la
charmante ville médiévale, mais si on lit les plaques en bronze, on voit que tout a été reconstruit après la guerre. Des photos prises à la fin de la guerre montrent que la ville n'était plus
qu'un immense champ de ruines. Tout a été reconstruit, fidèlement à ce qui avait été détruit. Sous le soleil encore chaud, le ciel bleu sans l'ombre d'un nuage, Nuremberg est une ville charmante,
avec un centre historique superbe.
Mais si on s'éloigne un peu - pas la peine d'aller très loin, juste au bout d'une des lignes de tram - on découvre l'autre visage de Nuremberg. Le Dokumentationszentrum, centre de documentation, dans le centre des congrès du parti nazi resté inachevé mais néanmoins impressionnant jette une ombre et un froid. On se rend un peu compte du poids du passé, on frissonne.
En sortant, la groβe Straβe (grande rue en allemand), transformée en parking, semble à la fois démesurée et absurde. C'est une autoroute semi-piétonne de 2km de long, près d'un lac et qui servait aux défilés et autres parades. Un peu plus loin, le champ Zeppelin (utilisé pour les rassemblements de la fête du parti nazi) et sa tribune écrasent aussi le visiteur. C'était le but des architectes: glorifier le régime, tout en faisant prendre conscience aux participants de leur insignifiance pour qu'ils soient plus perméables à l'idéologie et se fondent avec plus de ferveur encore dans le mouvement.
Le ciel bleu et le soleil n'y font rien, même si l'endroit serait sans doute bien plus sinistre dans le froid, le vent et la grisaille.
Mais le plus fou, c'est de voir comment la vie a repris le dessus, s'est réappropriée l'espace. Des familles à vélo et à roller profitent des grands espaces, les gradins, jonchés de débris de verre, témoignent que le lieu sert. Qu'on y vient. Un peu de vie dans cet espace déshumanisé est le bienvenu. Mais le poids reste, on le sent.
Après, on ne voit plus la ville exactement pareil. Heureusement, la vie reprend le dessus, gagne. Heureusement. Nuremberg, avec sa vieille ville, est magnifique. Nuremberg, avec son centre de documentation, aussi. Le passé est assumé, pas glorifié - non, bien loin de là - mais pas dissimulé. On découvre Nuremberg dans son intégralité.
Oui, il vaut mieux commencer par la vieille ville, le musée du jouet (oui, je sais, je fais dans les contrastes) pour mieux réaliser qu'on peut s'en remettre, que la vie reste possible, nécessaire, indispensable.
Les Allemands ont un mot : Vergangenheitbewältigung. Je le connaissais, je viens d'en saisir tout le sens.
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| La vieille ville de Nuremberg |
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| Le centre de documentation (inachevé) |
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| La tribune du champ Zeppelin |
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