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Lundi 23 janvier 2012 1 23 /01 /Jan /2012 21:23

Ruisseau matinElle s’est réveillée tôt ce matin. Beaucoup trop tôt, en s’étant couchée beaucoup trop tard. Elle a la gorge sèche et les idées confuses. Autour, les autres dorment encore. L’atmosphère est lourde et elle a soif. Elle s’extrait de son sac de couchage, saisie par la fraîcheur de la chambre malgré la chaleur dégagée par les dormeurs. Elle devine qu’il fait jour derrière les volets. Elle attrape un sweat et sort de la chambre pieds nus. Le carrelage est glacé et la fait frissonner. Elle retourne dans l’obscurité à la recherche de ses chaussures, et décide tout compte fait de s'habiller complètement. Au moins, elle aura plus chaud. Elle cherche son sac à tâtons. En s'éveillant, elle y voyait clair malgré les volets fermés mais ses yeux ne sont déjà plus habitués à la pénombre. Elle cherche à être la plus discrète possible. Elle trouve un sac qui ressemble au sien mais se rend compte en l'ouvrant que ses affaires ne s'y trouvent pas. Ses yeux s'ajustent progressivement et elle repère son sac juste un petit peu plus loin. Assise sur son matelas, elle tire son jean, un haut et des sous-vêtements des affaires rangées dans son sac. Elle hésite à ressortir pour s'habiller, décide finalement de rester dans la chambre. En se contorsionnant un peu, elle parvient à se changer. Elle remet son sweat, ses chaussures et sort de la chambre sans déranger les dormeurs. Le soleil est encore bas et illumine la brume sur le ruisseau qui coule derrière la maison. L'herbe blanchie par le givre scintille à la lumière des premiers rayons. Elle attrape son manteau, une écharpe et un morceau de brioche dans le placard et sort. Il fait plus froid que ce à quoi elle s'attendait. L'air glacé lui coupe le souffle. Elle boutonne son manteau et remonte son écharpe sur le bas de son visage. Elle se recroqueville sur elle-même comme une tortue dans sa carapace. Le froid est vif sur ses mains. Elle en a rangé une dans sa poche mais celle qui tient le morceau de brioche est rapidement transie. Elle se dépêche de manger pour pouvoir garder ses mains au chaud. Elle a oublié ses gants à l'intérieur. Tant pis. Elle se rapproche du ruisseau et du brouillard à sa surface. Une barrière l'empêche d'approcher du bord. Elle s'accoude à la barrière et regarde le soleil se lever, sa lumière jaunir, le givre disparaître et la brume au dessus de l'eau devenir plus translucide, moins menaçante.

- Tu es déjà levée?

La voix la fait sursauter. Elle se retourne sur un de ses amis.

- Oui, je n'arrivais pas à dormir.

Il sourit et se rapproche de la barrière, l'escalade et s'approche de l'eau. Elle le suit du regard, amusée de l'irruption de cet élément vivant dans son paysage surréaliste. Il s'assoit sur une pierre qu'elle imagine gelée. Effectivement, il se relève rapidement, reste cependant accroupi comme s'il cherchait à ne pas faire de bruit. Le paysage est de nouveau calme, seul le soleil poursuit sa montée et transforme le paysage. Le givre et la brume ont disparu, le blanc a laissé la place aux nuances de marron et de gris de l'hiver. Une cane fend l'eau d'un "V" qui s'élargit jusqu'à toucher les bords. Un oiseau s'envole. Elle l'appelle.

- Tu veux petit-déjeuner?

- Oui, j'arrive.

Il lance un caillou qui ricoche une fois sur l'eau calme puis coule en dessinant des ronds concentriques, se relève et lui sourit.

- Je suis gelé.

- Moi aussi. Ça caille ce matin.

 

Dans la cuisine, elle fait chauffer de l'eau. Elle lui tend une tasse de thé brûlante, prend la sienne et va se blottir dans le canapé. Il la rejoint. La maison est silencieuse. A l'étage, les autres dorment encore. Elle attrape le plaid et s'en couvre. Ils sont l'un contre l'autre, leur tasse à la main. Elle se réchauffe enfin. Ils discutent à voix basse. Complicité d'un matin partagé.


Par Audrey Leroux - Publié dans : Mes textes - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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