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Mercredi 28 mars 2012 3 28 /03 /Mars /2012 23:23

Railsneonmémoirenuremberg J'ai fini de lire le journal d'Hélène Berr. Une amie me l'a prêté.

Je lis de nouveau énormément depuis que je prends le métro tous les matins.

 

J'ai lu beaucoup de témoignages sur la Seconde Guerre Mondiale, romancés ou non. Mémoires, autobiographies, journaux.

 Mais ce Journal m'a touchée d'une façon si particulière. Hélène Berr a un peu plus de 20 ans. Elle est étudiante à la Sorbonne. Ses préoccupations sont semblables aux miennes, du moins au début. Je retrouvais dans sa manière de parler d'elle, de ses émotions, des sentiments connus, des constats partagés. Elle écrit pour elle, pour son amouireux. Et puis le ton devient plus grave. Et alors elle s'élève si haut, ou plutôt au plus profond de l'humain. Son indignation contre l'aveuglement du nazisme sonne terriblement juste. Et malheureusement si actuel. Quand elle dit qu'elle ne comprend pas comment sa judaïté peut la définir, qu'elle se sent française avant tout, et même uniquement, je ne peux m'empêcher de songer à la stigmatisation actuelle des musulmans, et toujours aussi de celle des Juifs.

 

Au collège, nous étions allés discuter avec des résistants qui nous avaient dit raconter pour transmettre, pour ne pas qu'on n'oublie, jamais, même une fois qu'il n'y aurait plus de témoins directs. N'oublions pas, forçons-nous à nous rappeler de quelles horreurs, de quelles bassesses l'espèce humaine est capable. Gardons au moins notre sens critique. En lisant le journal d'Hélène Berr me sont revenues des images pêle-mêle de mes voyages à Nuremberg (cf ici) et à Berlin.

 

A Nuremberg, dans l'ancien centre des congrès du parti nazi, il y avait de rails en néons qui brillaient en mémoire des trains qui ont déporté des milliers d'innocents. Et le long de ces rails, des noms en mémoire des victimes. Initialement, ils voulaient mettre une étiquette par personne. Finalement un nom représente 100 personnes. La voie aurait fait 300m sinon. 300m d'étiquettes de nom écrits petits et qui paveraient le chemin. Et si chacune de ces personnes était représentée debout, le long de la voix, combien de kilomètres? C'est irreprésentable, incompréhensible.

 

Hélène Berr dit à un moment que c'est ce qui fait la différence entre le passé et le futur, et que les gens qui ne l'auront pas vécu ne pourront pas se le représenter correctement. Même elle reconnaît qu'elle n'arrive pas à mettre au même niveau les souffrances d'enfants dont elle a vu les parents déportés et ceux qu'elle a connus après la déportation de leurs parents (elle a travaillé comme assistante sociale bénévole à ce que j'ai compris). Pourtant, c'est la même douleur. Mais même elle n'arrive pas à les rendre commensurables, alors qu'elle est directement exposée et qu'elle a, bien malheureusement, l'échelle pour. Ce n'est pas une raison pour ne pas essayer, pour oublier.

 

Ces témoignages individuels sont précisément un moyen d'être touché, de se sentir concerné, de passer des statistiques brutes aux histoires personnelles, afin d'appréhender l'Histoire par les histoires.


Par Audrey Leroux - Publié dans : Divers - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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